Il y a un peu plus qu'une simple exigence administrative dans la nomenclature des voies carrossables. Les parcourir en tous sens fait naître une poésie secrète, faite d'héritages et d'hommages. Et l'apparente anarchie de la collection pourrait appeler une forme de psychanalyse collective.

On se surprendrait alors de ce que les rues de la liberté, de l'égalité, et de la fraternité aient été reléguées dans les faubourgs de Paris quand la rue Royale mène encore à la place de la Concorde.

La même rue de la liberté trouve sa fin dans les rues de l'égalité et de la fraternité (discrète allusion Tocquevillienne ?). La passion française de l'égalité emprunte de curieux détours, pourrait-on dire. Il y avait autrefois une rue de l'égalité dans le quartier des Arts et Métiers. S'y achevait la (petite) rue des vertus. Que vertus et libertés cessent où l'égalité commence sonne pourtant comme une morale bien aristocratique. Etranges lapsus de la toponymie parisienne.

Celle de l'internet se veut bien moins discrète.

Il n'est pas si facile de nommer. Les fondateurs de ce portail en firent l'expérience. Latinités et hellénismes furent proposés et rejetés, parfois regrettés. "Lieu-commun" suscita des adhésions et quelques réserves, mais emporta la décision. Outre les aspect collectifs, qu'il souligne, le nom de domaine (toponymie encore) évoque la rhétorique, avec ses connotations historiques et contemporaines. Persuasion et dérision, en nuages légers.

Les visiteurs de lieu-commun.org sont invités à essaimer parmi les différents sites de ses partenaires. Pour tenter le chaland, ce site propose à l'accueil une synthèse sous forme de liste de billets. Cette dernière est actualisée au gré des travaux de chacun. Tendance moderne du commerce : le conseil. On pourra également y trouver des liens vers des blogs choisis, et une sélection mensuelle de cinq billets recommandés parmi les productions de chacun.

Mais pourquoi une offre commune ?

C'est que les participants forment (volens nolens) une communauté de fait. Ils se visitent, se lisent, s'approuvent et se critiquent. Ils s'entendent et s'y entendent à se contredire. C'est là le fond d'un bon débat qui repose sur quelques appétits et principes communs. Citons dans le désordre :

  • Une attention aux questions d'ordre collectif
  • Un soupçon léger à l'endroit des éclairages journalistiques
  • Un certain agacement devant les discours politiques usuels
  • Une indifférence (relative) à l'appartenance politique de l'interlocuteur
  • Un goût pour l'Europe (et un regret du refus français du traité constitutionnel, du moins pour la plupart)
  • Une méfiance devant l'indifférence des gouvernants et des gouvernés pour les droits fondamentaux
  • un léger accablement devant l'évolution idéologique de la gauche de gouvernement. Pour ceux qui se déclarent (ou se reconnaissent) dans la gauche - et pour ceux, même, qui se reconnaissent de droite
  • Une méfiance devant la critique française des Etats-Unis, du libéralisme, et de tout ce qui forme le vade mecum de la doxa" politique française''
  • Last but not least, une certaine attention (voire un goût) pour les disciplines juridiques et économiques



Convaincus que leurs bonnes lectures profiteront à leurs bons lecteurs, les partenaires de lieu-commun.org se réunissent pour inviter leurs visiteurs respectifs à poursuivre leur chemin vers la production des autres.

Allers et retours ? Si lieu-commun.org invite au départ, les participants conseillent le retour. De retour au foyer ? Certes pas. La démarche de chacun fut individuelle, d'abord. Elle le demeure. Toute société suppose le partage, mais n'impose pas la dissolution. Non pas un foyer, donc ; peut-être une halte, point de passage où l'on saura s'orienter.

Carrefours d'antan. Sur les autoroutes contemporaines - ce ne sont pas celles de l'information - on les dit "échangeurs". Il n'y a pas d'échanges, encore, sur lieu-commun.org. Peut-être bientôt.